Restaurant La Girolle

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I went to the resto, ma p'tite bouteille sous mon bras...

Pour moi, l'avis "Apportez votre vin" affiché sur la façade d'un restaurant a plus souvent constitué un avertissement qu'un encouragement. L'accent, a priori, semble mis sur l'économie plutôt que sur la gastronomie, ce qui n'est pas un vice mais pas la garantie d'un grand repas non plus.

Le restaurant La Girolle, situé près de la rue Marguerite- Bourgeoys, sur le chemin Sainte-Foy, semble avoir été créé pour me prouver qu'il est vraiment très, très vilain d'avoir des préjugés. L'endroit sait en effet combiner une gastronomie de qualité avec une option boisson qui, du coup, devient une forme de liberté. Disons qu'une bouteille milieu de gamme, dans un bistro français de bon aloi, vous coûte une quarantaine de dollars; imaginez un peu ce que vous pouvez amener, pour un prix comparable, quand le repas est tout à fait capable de soutenir la comparaison.

J'ai déjà un pinot noir ou un rouge toscan en tête pour mon prochain repas à La Girolle, voire une bouteille conservée pour un anniversaire. Pour mon premier passage sur place, j'avais ressorti de la cave un Michurinetz 1999 de la maison néo-écossaise Jost (un cépage hybride d'une étonnante qualité, d'ailleurs utilisé ici et là au Québec), ramené de vacances l'année dernière et assurément introuvable sur toute carte des vins de la région de Québec.

De la soupe aux lentilles au magret de canard (mais quand même pas au gâteau au fromage), cette curiosité a d'ailleurs très bien fait l'affaire avec une cuisine de très bon calibre. Les choix de bons plats pour accompagner la bouteille (où vice-versa) ne manquaient pas sur la grande ardoise à roulette qui traverse la salle, simple mais accueillante, jusqu'à votre table, pour vous présenter les choix du jour.

Seul défaut, ce soir-là, la température des soupes. Le potage Crécy de ma douce moitié était à peine tiédasse, un problème dont la serveuse s'est aperçue à la lumière de plusieurs commentaires des clients. "Tant pis, j'ai trop faim", avait toutefois lancé Geneviève en appréciant malgré tout la finesse du potage, gentiment relevé de saveur d'orange. Je pensais un peu la même chose en goûtant ma soupe aux lentilles bien relevée, qui était tout de même plus chaudasse que tiédasse.

Ce fut essentiellement la seule anicroche du repas. À l'entrée, la chaleur comme les saveurs avaient monté d'un gros cran. Les cuisses de grenouilles à la provençale étaient bien aillées mais d'une douceur étonnante tandis que mes petits foies de cailles se mariaient à merveille au petit disque de risotto aux champignons sur lequel ils étaient abondamment posés. Voilà le niveau de prestation dont j'avais entendu parler et que mes papilles frétillaient d'avoir retrouvé.

Le troisième acte de la soirée - bref, le plat - ne fit rien pour contredire la deuxième impression. Après avoir zyeuté un moment l'osso bucco, j'ai opté pour le magret de canard sauce au porto tandis que l'entrecôte sauce dijonnaise trouvait la faveur de ma convive préférée. Pour ces deux plats, le secret était dans la sauce. La qualité de l'entrecôte elle-même était excellente, mais c'est l'onctuosité de la sauce à la moutarde qui venait vraiment donner tout son caractère à l'affaire. Même chose de mon côté: la cuisson du magret était appropriée, la viande de bon aloi, mais c'était le fruité remarquable de la sauce au porto qui signait vraiment le plat. Les accompagnements, avec entre autres une julienne de navet et du chou rouge, offrait une belle palette de saveurs pour compléter le portrait.

Au dessert, la serveuse a souligné avec raison que ses desserts maison (gâteau au fromage et crème brulée cette fois-ci) étaient les meilleurs choix. Le gâteau mousse au chocolat et à l'orange, un peu plus fabriqué, disons, n'avait pas la même finesse que le gâteau au fromage, le meilleur que j'aie mangé depuis longtemps. Et il avait aussi le défaut d'avoir été présenté comme une mousse chocolat orange, ce qui laissait présager autre chose.

Derrière nous, un jeune couple à l'air très amoureux avait préparé sa sortie avec soin, avec une demi-bouteille de blanc et un rouge pour élargir les possibilités de la soirée. La liberté, l'intimité, la santé: ils avaient tout pour passer une belle soirée. Comme nous.

Rémy Charest, Le Devoir, 26 septembre 2003

L'endroit sait en effet combiner une gastronomie de qualité avec une option boisson qui, du coup, devient une forme de liberté.