Restaurant La Girolle

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Faire ses premiers plats

Il est sur mon chemin habituel. Au cours des semaines qui ont précédé son ouverture, je n'ai pas cessé de zyeuter la devanture de ce restaurant français où l'on peut apporter son propre vin. J'avais hâte de voir quoi il aurait l'air et, surtout, de savoir ce qu'on y servirait exactement. Le soir de sa naissance officielle, je suis encore passé devant; je suis même descendu de voiture pour aller examiner la table d'hôte affichée. Autant qu'on puisse en juger à travers les vitres, sa clientèle a augmenté de jour en jour. Ce midi, n'y tenant plus, mon amie et moi y venons manger.

Ce qui nous frappe, dès l'entrée, c'est l'achalandage du lieu et tout ce que cela suppose de bruits de voix et de fébrilité dans l'air. Nous gagnons la seconde salle à manger. Mon amie prend place sur la banquette rouge grenat qui occupe le mur du fond dans toute sa largeur. Je lui fais face sur une chaise de bois clair, au siège rouge vif. Des tableaux colorés égayent tout un pan de mur gris; des lilas un peu fatigués tentent d'en faire autant de notre table. À peine assise, ma compagne se lève et s'en va faire le tour des amis et des collègues aperçus en entrant. Le serveur qui nous a accueillis pousse jusqu'à ma table un tableau monté sur roulettes. À peine ai-je le temps de lire "crème de carottes et épinards" que le tableau s'éloigne en direction d'une longue table de 14 clientes. Je patiente en me demandant pourquoi on n'en a pas prévu au moins deux pour cette salle. Mon amie revient de sa petite tournée avec une provision de commentaires favorables recueillis ici et là sur le boeuf, le porc, le poisson, le potage du jour, etc. Cela nous met en appétit, surtout que le menu du jour est de nouveau près de nous. Je passe outre l'omelette champignons et gruyère, médite sur le steak de bavette dijonnaise et me décide pour la volaille. Mon vis-à-vis s'interroge longuement à mi-voix - et m'interroge aussi, à vrai dire - avant d'opter pour les médaillons de porc au poivre et gingembre. Mais le succès des médaillons de porc est tel que notre serveur revient très vite nous annoncer qu'il n'en reste plus. Mon amie se rabat sur le saumon.

En attendant d'être servis, nous commentons le décor, l'affluence, le va-et-vient du personnel. L'ambiance me plaît. Brassens chante Fernande dans les hauts-parleurs, mais ses mots se noient dans la rumeur des conversations. Mon potage s'amène, fumant, sympathique d'aspect. Il se révèle crémeux à souhait, de bon goût et très poivré. J'en mangerais chaque jour, malgré la moiteur qu'il laisse à mon front et dont s'étonne ma compagne. Elle en prend quelques cuillerées, hoche la tête en signe d'appréciation et conclut de deux autres bouchées. En guise d'entrée, elle a devant elle une "salade du marché" (laitue , concombre, tomate, olives), un peu acidulée, où domine le goût du basilic. Elle s'en délecte, la termine, s'en va faire une nouvelle tournée et revient en même temps qu'arrivent nos plats de résistance. On ne m'a pas prévenu que les assiettes étaient archibrûlantes, si bien que mon pouce gauche en gardera quelques heures un cuisant souvenir. Ce détail mis à part, nous ne sommes pas déçus de cette cuisine au jour le jour. Même pour le soir, il n'existe pas de carte imprimée. On retrouve cependant en table d'hôte, nous dit-on, magret de canard, fruits de mer, carré d'agneau, etc., selon l'inspiration du chef.

Pour l'heure, j'attaque sans sommation mon suprême de volaille bien grillé, nappé de coulis de homard et garni de légumes (chou-fleur et carottes) et d'un gratin de pommes de terre dont on aurait dû prolonger un peu la cuisson. Quand même assez agréable, tout cela, ce qui ne m'empêche pas de déplorer la légère amertume du poulet (et non pas de la sauce, comme je l'ai d'abord cru). Mon amie et moi nous perdons en conjectures pour tenter d'en identifier la cause. Le type de gril, peut-être? Dans sa propre assiette, nous retrouvons une amertume discrète et plus "normale", puisqu'elle a choisi le filet de saumon à la flamande - onctueuse sauce blanche à la bière dont une pincée de sel fait un chef d'oeuvre. Nous terminons par deux cafés (très bons) et, pour ma compagne, un délicieux gâteau aux framboises dont je prélève ma quote-part traditionnelle.

Alix Renaud, Voir

J'avais hâte de voir quoi il aurait l'air et, surtout, de savoir ce qu'on y servirait exactement.